Juin 2026

Mensuel pratique et interactif de l’optique

Édito

Remettre le métier au centre ?

Après un début d’année morose, cette fin de printemps 2026 confirme un tassement de l’activité, dans un climat global de consommation prudente. Rien d’alarmant pour un secteur de l’optique solide, dont le chiffre d’affaires a dépassé les 8 milliards € ces dernières années. Mais alors que la croissance montre des signes d’essoufflement depuis l’année dernière, le marché cherche un nouvel équilibre. Et cette situation invite la profession à regarder les choses avec lucidité.
Moins de flux, des volumes stagnants, des consommateurs attentifs à leurs dépenses, une concurrence intense… vous êtes nombreux à partager ce constat depuis plusieurs mois. A minima. L’activité ne décroche pas brutalement. Elle change de rythme. Et si ce nouveau tempo était l’occasion de questionner certaines habitudes ? Les données du baromètre Xerfi Specific pour le Rof apportent ici un éclairage utile : les prix des équipements correcteurs restent globalement stables, tandis que ceux des solaires afocales affichent une progression plus nette.
Moins de flux ? L’enjeu est alors d’approfondir chaque vente. Cela passe par une anamnèse approfondie, capable d’explorer les usages et les contraintes posturales ou numériques des porteurs. C’est aussi l’occasion de repenser la deuxième paire — non plus comme une simple gratuité, mais comme une réponse à des besoins spécifiques (sport, conduite, protection) — ou de renforcer un segment solaire souvent sous-exploité. Sans oublier le fichier client : relances ciblées, SAV hors casse, suivi des porteurs perdus de vue… autant d’actions concrètes pour bichonner vos prospects et réactiver un potentiel parfois inexploité.
Dans un secteur optique français dont le maillage territorial est exceptionnel, la différenciation est plus que jamais un enjeu quotidien. Beaucoup la construisent sur le terrain de l’expertise, par la formation continue et la spécialisation. Le dossier consacré à l’enfant dans ce numéro en est une belle illustration : investir des domaines comme la freination de la myopie ou la morphologie pédiatrique n’est plus seulement une affaire de passionnés. C’est un moyen de fidéliser les familles, de structurer les compétences de l’équipe et de créer de la valeur.

Cette période d’incertitudes invite également à re visiter le parcours en magasin. Certains confrères et consœurs expérimentent la « vente inversée », en abordant les verres avant la monture pour replacer les besoins visuels au centre de la discussion. D’autres retravaillent l’accueil et la pédagogie pour rendre l’expérience plus engageante, en s’appuyant sur des outils numériques d’aide à la vente. Face à un acheteur hyperinformé, le défi reste stimulant : comment surprendre encore ? Comment fidéliser pas seulement par le seul prisme du prix, de la publicité ou du tiers payant ? Autant de ré flexions qui permettent de remobiliser les équipes tout en consolidant le chiffre d’affaires. Osons le dire : et si ce ralentissement était, au fond, une opportunité de moderniser les pratiques ? Et de re mettre le métier au centre des débats ?

Pierre Tourtois-Laurent